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Préface du traducteur
« Une introduction à la psychothérapie, destinée aux médecins, psychothérapeutes, psychologues et pédagogues... Cet ouvrage est d'une grande richesse. Il n'apporte pas seulement des données pratiques de la plus haute valeur, il démontre en, même temps l'étendue des problèmes soulevés dans le cadre de la psychologie des profondeurs. »
Dr H. SCHAFFER.
Préface du traducteur (Par le Dr. H. Shaffer)
L'ouvrage Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparée est une introduction à la psychothérapie, destinée aux médecins, psychothérapeutes, psychologues et pédagogues. Dans une étude sur la valence des organes et leur devenir intitulée : La compensation psychique de l'état d'infériorité des organes , point de départ de la doctrine adlérienne, l'auteur examine, par rapport à une norme fictive, le degré d'efficience des organes et le retentissement de leur insuffisance dans la superstructure psychique. Cette même méthode d'une référence à une norme fictive peut être également utilisée dans l'observation des phénomènes psychiques. Si l'organisme se présente comme une unité où tous les appareils et organes agissent dans une parfaite coopération, dans le sens du maintien de la vie, les facultés psychiques de l'individu coopèrent de même, en faveur d'une recherche du succès, en fonction d'une idée fictive de la personnalité, dont le symptôme névrotique représente la modalité psycho-pathologique. La plus insignifiante manifestation de la vie psychique est donc déterminée par cette intentionnalité. Tel est le thème du livre Le Tempérament Nerveux 1 publié avant la première guerre mondiale. C'est après la première guerre mondiale que parut la Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparée. La quatrième édition (1930) a servi de texte pour la présente traduction. Elle présente une somme d'articles, exposés et conférences, apportant à certaines questions fondamentales de la psycho- thérapie, psychiatrie, pédagogie et psychosociologie les vues de l'enseigne- ment adlérien. Il va sans dire que la publication de nombreuses études dans des revues médicales et périodiques spécialisés, de brochures aussi, se situe entre les dates de publication de ces ouvrages. Le volume devrait satisfaire à la demande de praticiens psychothérapeutes et leur apporter quelques réponses fondamentales aux innombrables questions que pose l'exercice de cette profession, médicale et artistique à la fois, souvent difficile. Ayant exposé dans son introduction les données fondamentales de la psychologie individuelle comparée, l'auteur exprime dans les premiers chapitres ses vues sur le traitement psychothérapique des névroses (I à IV). Il insiste sur la nécessité d'une transformation de toute la personnalité du malade, grâce à une action non seulement analytique mais aussi éducative, ayant pour but l'intégration sociale du sujet. Comme pour l'application de toute technique, celle de la psychothérapie place le thérapeute devant de nombreuses difficultés. Le « problème de la distance » (VIII) qui sépare les névrosés des véritables tâches de l'existence, la « résistance pendant le traitement » (X), que tout thérapeute a rencontrée auprès de ses malades, parfois à ses dépens, le « rôle de l'inconscient » (XIX) sont analysés avec subtilité. « L'interprétation des rêves » nous montre la valeur prospective, ce qui ne veut pas dire prémonitoire, du rêve, et sa raison d'être, inconsciente et incomprise, en faveur du maintien de la ligne directrice subjective du sujet, en face d'un problème donné (XVIII). Notre civilisation est en grande partie l'œuvre de forces masculines. Rien d'étonnant donc si, dans ses aspects morbides, le psychisme de la femme s'est efforcé - confondant la forme et le fond, l'apparence et l'essentiel - d'adopter une attitude masculine dans sa recherche du succès, son comportement et ses modes d'expression, voire son style de vie, oubliant toute la véritable valeur de la grâce et de la mentalité proprement féminines (IX). D'autres chapitres sont consacrés à l'analyse de différents tableaux nosologiques : Dans la «syphilophobie » (XI), expression de la peur de l'homme vis-à-vis de la femme, se manifeste de façon caricaturale le drame de l'incompréhension des sexes. Le lecteur appréciera les remarques se rapportant à différentes oeuvres artistiques engendrées par cette disposition psychique, et avant tout les brèves analyses concernant les productions picturales de Félicien Rops et littéraires de Baudelaire. La « névrose obsessionnelle » (XV et XVI), « l'insomnie nerveuse » (XII), « l'anorexie mentale » (XVII), voici autant d'aspects de la névrose qui éloignent l'être humain d'un comportement socialement satisfaisant. Dans le chapitre consacré à la «névrose de guerre » (XXV), l'auteur passe en revue l'opinion de différents auteurs et confronte les différentes méthodes de traitement. Cette maladie concrétise de façon particulièrement plastique la controverse entre : d'une part le devoir civique (et en cas de guerre ses dangers), et d'autre part l'intérêt personnel et ses conséquences, la relative sécurité subjective et individuelle. La « myélodysplasie ou infériorité des organes » (XXVI) est une étude médico-psychologique, analysant les rapports entre l'état d'infériorité d'un segment métamérique, ici la partie inférieure de la moelle épinière, et ses effets dans la superstructure psychique de l'individu, l'énurésie en particulier La psychiatrie se trouve enrichie par les études sur : « l'hallucination » (V) - que l'auteur considère comme étant une expression morbide, spécifique de toute la personnalité du malade -, « mélancolie et paranoïa » (XXII) et sur le « substratum organique des psychonévroses » (XX), études consacrées aux rapports entre la constitution particulière, déficiente du malade et sa superstructure psychique fragile et vulnérable. Retenons que l'auteur admet l'existence de toxines dans les formes graves de mélancolie, toxines dont il explique l'apparition par un mécanisme... psychosomatique serait-on tenté de dire aujourd'hui. Ses vues sur les accès d'épilepsie essentielle, où l'organe cérébral en état d'infériorité est incité à des décharges neuroniques excessives sous l'effet de la tension émotionnelle, méritent également d'être citées. Dans le thème psycho-philosophique : « mensonge vital et responsabilité dans la psychose et la névrose » (XXI), Adler cite parmi les stratagèmes dont use la nature humaine pour s'assurer le sentiment de sa valeur, ce mensonge vital dont l'effet tranquillisant et rassurant semble indispensable à la quiétude de l'âme. Dans ce même chapitre il montre à quel point il est utile d'évoquer la question du « partenaire », du « ponte », pour mieux saisir le tableau morbide du cas. « La réponse à cette question nous montre le névrosé, non plus dans son isolement artificiel, mais dans un système social donné. Dans ces conditions ressortent au mieux les tendances agressives de la névrose et de la psychose ; la morbidité spécifique apparaît dans ses rapports, dans une technique de vie, le symptôme indiquant alors le chemin que suit le malade afin d'atteindre le but de la supériorité, en parfaite concordance avec sa personnalité. » La présence de « l'ego auxiliaire » dans le psychodrame, de date plus récente, représente une application pratique de cette idée. Dans la « psychologie de l'enfant et étude des névroses » (VI), Adler con- fronte le besoin d'aide, normal et compréhensible, d'un jeune être, et celui, despotique et non motivé, de l'adulte psychiquement immaturé et socialement inadapté. Afin de remédier à pareil développement défectueux de l'âme enfantine, l'éducation doit s'inspirer des données de la psychologie des profondeurs. Seule cette éducation psychologique peut, s'adressant aux défauts caractériels de l'enfant difficile, assurer la préparation satisfaisante du jeune être pour sa vie civique d'adulte. Le rôle de l'école dans cette tâche prophylactique est évident, celui de l'instituteur de la plus grande importance. Le domaine de l'activité médicale, psychothérapique et de l'activité éducative, psychopéda- gogique demandent une délimitation précise 1. Le thème psychopédagogique évoque d'ailleurs d'autres problèmes. Parmi eux, citons un des plus douloureux et des plus aigus : « l'enfance démorali- sée » (XXIX). On est surpris de la ressemblance, de l'identité pourrait-on dire, des problèmes que soulèvent, à quarante ans d'intervalle, les deux périodes d'après guerre. Un autre problème psychosocial, non moins important, est celui de « la prostitution » (XXVIII), étudiée dans son triple aspect psychologique, du « consommateur », du souteneur, et de la prostituée. Deux analyses littéraires, celle de l'œuvre de Dostoïevski (XXIV) et l'étu- de psychologique du personnage du « conseiller Eysenhardt » (XXIII), témoignent de l'admiration d'Adler pour l'écrivain et le poète, « guides de l'humanité », qui dans leur profonde compréhension de l'âme humaine sont les précurseurs de la psychologie des profondeurs scientifique. Cet ouvrage est d'une grande richesse. Il n'apporte pas seulement au thérapeute des données pratiques de la plus haute valeur, il démontre en même temps l'étendue des problèmes soulevés dans le cadre de la psychologie des profondeurs, touchant à des disciplines très diverses. Quelque quarante ans après sa publication nous pouvons mieux juger du chemin parcouru et de l'effet produit dans les domaines aussi nombreux que variés de la médecine, psychothérapie, psychiatrie, pédagogie, criminologie, sociologie et philosophie . Adler nous a permis de comprendre la raison du comportement déraison- nable d'un être humain. Cette prise de conscience est le pas décisif de son redressement.
Dr H. SCHAFFER.
Introduction
La psychologie individuelle comparée essaye d'approfondir l'étude de la connaissance psychologique de l'être humain, uniquement en s'efforçant de comprendre la position de l'individu en face de certains problèmes sociaux., La « ligne dynamique » par laquelle se représente et se réalise l'activité sociale d'une personnalité nous renseigne sur le degré d'insertion d'un sujet dans la société, dans la vie, dans l'univers et sur ses exigences. Cette « ligne dynamique » nous renseigne également sur le caractère, l'élan, la volonté psychique et somatique de l'être humain. On peut remonter jusqu'aux origines de l'individu, à une époque où se forme la personnalité, et découvrir la position de l'être humain pendant les premières années de son existence, les premières difficultés que lui oppose le monde extérieur, ainsi que la forme et la puissance de sa volonté et ses tentatives pour surmonter ces obstacles. Pendant les premières années de son existence, l'enfant crée pour lui, parfois malencontreusement, parfois inconsciemment, un schéma réactionnel, un but et un idéal, un « style de vie » auquel il reste fidèle d'une façon consciente ou inconsciente. Il prend comme modèles toutes les possibilités de succès et tous les exemples d'autres sujets ayant pu surmonter leurs difficultés dans le cadre fourni par le milieu culturel qui l'entoure. C'est sur cette profonde « ligne dynamique » de l'individu, dont l'être humain est en partie conscient, mais dont l'importance fondamentale lui échappe toujours, que s'échafaude toute la structure psychique. Dans la direction de ce dynamisme s'orientent toute la volonté, le cercle des idées, les intérêts, le processus d'association, ses espoirs et ses craintes. L'opinion sur le monde provient de ce dynamisme et sert à sa défense, ainsi que toutes les incitations et tout le dispositif de freinage. Chaque événement sera tourné et retourné jusqu'à ce qu'il se conforme au noyau spécifique de la personnalité, précisément à cette ligne dynamique infantile. Notre psychologie individuelle comparée a prouvé que la ligne dynamique des tendances humaines provient avant tout d'un mélange, réunissant le sentiment social et la tendance à une supériorité personnelle. Ces deux facteurs fondamentaux se présentent en tant que formation sociale : le premier est inné, favorisant la vie sociale, le second est acquis, s'efforçant constamment de séduire et d'exploiter la société en vue d'un prestige personnel. Il n'a pas été trop difficile de faire comprendre au psychologue, au pédagogue, au neurologue, cette notion d'une politique de prestige de l'individu. Nous ne sommes pas étonnés, d'autre part, de constater qu'une attitude scientifique tenant compte de cette recherche du prestige, s'efforce de se soustraire à l'influence de la psychologie individuelle comparée et que, sans combattre nos conceptions, elle adopte nos découvertes comme étant siennes, par des détours et des subterfuges. En fait, cette attitude scientifique se borne avec grandiloquence et présomption à suivre péniblement nos propres constatations de l'existence d'une griserie de la puissance personnelle, sans pouvoir dépasser cette constatation. Ce qui semble plus difficile à comprendre est la contribution générale du sentiment social, car ici nous nous heurtons à la conscience de l'individu. Ce dernier supporte plus facilement la preuve que, semblable aux autres êtres humains, il recherche la renommée et la supériorité, mais il accepte difficile- ment cette vérité inattaquable qu'il est pris, lui aussi, dans le lien d'une connexion interhumaine, notion à laquelle il se refuse habituellement à croire. Son organicité appelle la coopération ; le langage, la morale, l'esthétique, la raison, disons des valeurs universelles, la présupposent. L'amour, le travail, les sentiments humanitaires sont les postulats évidents de la vie humaine sociale. En face de cette évidence inattaquable se dresse la tendance a une puissance personnelle que parfois l'homme s'efforce d'acquérir par la ruse. Et cette lutte incessante même prouve l'importance du sentiment social. Notre connaissance des motifs d'une action, la compréhension générale des manifestations psychi- ques chez le sujet sain ou névrosé -manifestations qui peuvent toujours signifier autre chose que ce que la surface laisse paraître - sont insuffisantes, tant que leur façonnage et que l'axe d'orientation dynamique du style de vie demeurent cachés. Ce que les grands penseurs ont dénommé volonté divine, sort, idée, base économique, se présente aux yeux de la psychologie indivi- duelle comparée comme la réalisation d'une loi de la recherche de puissance : la logique immanente de la vie humaine collective. Le présent ouvrage contient des articles apportant des compléments et des approfondissements à la théorie et à la pratique de notre psychologie et se propose, par une suite de travaux plus ou moins récents, d'indiquer le chemin sur lequel avance notre étude scientifique. Dans ce sens, il faut le considérer comme un complément à l'ouvrage : Le tempérament nerveux .
